A. Qu'est-ce que l'arthrose ?
>> Comment ça vient ?
L'arthrose se définit par une dégénérescence du cartilage ; toutefois,
au cours de son évolution toutes les structures de l'articulation vont
être atteintes.
1 - L'articulation normale
Mais commençons par voir de quoi est constituée une articulation pour
comprendre comment se traduit l'atteinte arthrosique.
Articulation normale
Les deux extrémités osseuses ("os sous-chondral" : situé sous le cartilage)
qui composent une articulation sont recouvertes de cartilage.
C'est grâce à lui, que les deux os vont pouvoir glisser l'un sur l'autre
et ainsi, assurer la mobilité de l'articulation. La stabilité de l'articulation
est assurée par une capsule qui constitue une sorte
de sac dont la partie interne est tapissée par une membrane : la membrane
synoviale. Cette dernière va sécréter le liquide articulaire
appelé aussi liquide synovial qui "lubrifie" l'articulation
et qui nourrit le cartilage.
Les muscles, par l'intermédiaire de leurs tendons, s'insèrent sur la
capsule et sur l'os péri-articulaire. Ils assurent la stabilité et la
mobilité de l'articulation.
On se rend compte ainsi, que le cartilage joue un rôle primordial
dans le bon fonctionnement de l'articulation, en permettant la glisse
des surfaces articulaires l'une sur l'autre, lors des mouvements.
Le cartilage est un tissu spécialisé, un peu particulier :
- il n'est pas vascularisé, et se nourrit donc par
imbibition à partir du liquide articulaire sécrété par la membrane
synoviale.
- il n'est pas innervé et donc ne peut pas être
responsable lui même des douleurs de l'arthrose.
- il est composé d'un seul type de cellules : les chondrocytes,
noyés au sein d'une matrice. Ces cellules possèdent une activité métabolique
très faible dans des conditions normales, synthétisant et dégradant
divers éléments de la matrice, indispensables au bon fonctionnement
de l'articulation (protéoglycans et collagène). Le renouvellement
de ces constituants est lent : sur plusieurs années. Ce sont donc
les chondrocytes qui assurent le renouvellement du tissu cartilagineux.
- La matrice cartilagineuse (représentée en bleu sur le schéma) est
constituée d'un gel de grosses molécules (les protéoglycans),
qui ont la particularité d'être très avides d'eau (un peu comme des
éponges). Ces molécules sont maintenues à l'intérieur d'une sorte
de filet constitué par des fibres de collagène inextensibles.
Disposées en arceaux, elles sont fixées à l'os sous-jacent et constituent
ainsi l'armature qui soutient et enchâsse les protéoglycans.
-
2 - Le processus arthrosique
Le rôle du vieillissement dans la survenue de l'arthrose n'est pas
primordial, comme on le croît trop souvent. Il joue bien sûr un rôle
en rendant le cartilage moins apte à résister aux agressions, mais
à lui seul il ne peut pas déclencher une arthrose. L'arthrose
est un vrai processus pathologique, fait de destruction et de réparation
: c'est une maladie à part entière et non le simple tribut à payer
au vieillissement.
C'est en réponse à un excès de pression sur le cartilage
que le processus arthrosique va se déclencher. Deux types de réaction
sont observés :
Réaction mécanique
Cette hyperpression induit une rupture du filet de collagène. Le cartilage
gonfle d'eau (oedème), devient plus fragile, se fissure, s'ulcère et
finit par perdre de son volume, s'amincit et se fragmente. Des fragments
de cartilage vont tomber dans la cavité articulaire.
Réaction biologique
Sous l'effet de l'hyperpression, les chondrocytes deviennent hyperactifs
et secrètent davantage de protéoglycans et de collagène, mais aussi
davantage d'enzymes de destruction. On dit qu'il existe une augmentation
générale du métabolisme, d'abord en faveur de la synthèse (tentative
de réparation du cartilage), puis en faveur de la destruction. Ces cellules
finissent par s'épuiser et mourir.
Si le cartilage est le premier atteint au cours de
l'arthrose, les autres éléments de l'articulation vont également être
touchés. Ainsi la membrane synoviale, va chercher à
"nettoyer" les fragments de cartilage tombés dans la cavité articulaire.
Elle va réagir par une "inflammation" qui peut se traduire par un épanchement
de synovie (production trop abondante de liquide synovial. Quant à l'os
sous chondral, il va s'épaissir en réaction à cette excès de
pression et produire une collerette osseuse en périphérie de l'articulation.
Cette prolifération d'os néo-formé s'appelle l'ostéophyte (cet
épaississement et les ostéophytes se voient sur les radiographies)
A l'échelle macroscopique les lésions de l'arthrose vont
se traduire par :
- un pincement de l'interligne articulaire, du fait de l'amincissement
du cartilage, c'est à dire de l'espace entre les deux extrémités osseuses,
- et une densification de l'os sur lequel repose le cartilage ou
os sous chondral.
Ces modifications anatomiques sont bien vues sur les radiographies.
A l'échelle microscopique
Au cours d'une arthroscopie, les lésions du cartilage sont bien visibles
:

3 - La cause de cette dégénérescence du cartilage
La dégénérescence arthrosique est due à une hypression
sur l'articulation et donc sur le cartilage. Deux cas de figures existent
:
- Cet excès de pression s'exerce sur un cartilage normal (arthroses
dites mécaniques). A la longue, ce cartilage ne peut
plus assumer cette hyperpression absolue, finit par dégénérer et l'arthrose
s'installe.
- La pression est normale mais elle s'exerce sur un cartilage fragile
(arthroses dites structurales). Pour ce cartilage
moins résistant que la normale, la pression pourtant normale est encore
trop importante (hyperpression relative) et il va réagir en dégénérant
vers l'arthrose.
Enfin, il faut noter que ces deux mécanismes peuvent s'associer chez
une même personne.
4 - Causes de cette hyperpression absolue ou relative
Arthroses mécaniques
Tout ce qui induit une pression trop forte sur toute ou partie d'une
articulation entraîne sa dégénérescence :
- Surcharges pondérale (obésité), professionnelle (port fréquent
et répété de charges lourdes), sportive (idem)
- Surmenage articulaire et ses microtraumatismes
- Articulation travaillant dans de mauvaises conditions bio-mécaniques
du fait d'une anomalie anatomique (souvent congénitale : dysplasie
ou mauvais développement d'une partie de l'articulation) ou d'une
séquelle de traumatisme (fracture articulaire, entorse négligée, luxation).
Dans tous ces cas, les pressions au sein de l'articulation ne sont
pas ou plus normalement réparties, elles sont trop fortes en certains
points, trop faibles en d'autres. Ce sont les zones d'hyperpression
qui vont dégénérer vers une arthrose.
Arthroses structurales
Toutes les maladies qui fragilisent directement ou indirectement la
structure du cartilage articulaire vont induire de telles arthroses.
Ce sont :
- les maladies qui touchent directement le cartilage : chondrocalcinose
(dépôts de calcium dans le cartilage), ochonose (exceptionnel), anomalies
génétiques qui fragilisent les composants du cartilage (protéoglycans
ou collagène).
- les maladies qui touchent d'autres tissus de l'articulation et
qui retentiront indirectement sur le cartilage : maladies de l'os
sous-chondral (exemple : ostéonécrose), maladies de la membrane synoviale
(ex : infection articulaire, même guérie ; maladies inflammatoires
de la synoviale comme la polyarthrite rhumatoïde).
Comment définir l'arthrose ?
Il existe plusieurs
"niveaux" d'arthrose : anatomique, radiologique
et symptomatique (que l'on appelle aussi "clinique").
En effet, de nombreuses personnes sont porteuses d'arthrose, visible
à la radiographie, mais qui ne se manifeste par aucun signe.
Ainsi, sur 100 sujets de plus de 65 ans, 60 sont porteurs d'une arthrose
anatomique (révélée par une étude autopsique), sur ceux là seulement
30 auront des signes visibles à la radiographie. Parmi ces 30, 15 souffriront
de leur arthrose. Et dans ce dernier groupe, seulement 5 consulteront...
Ainsi il est important de comprendre que l'existence d'une arthrose
ne veut pas obligatoirement dire "douleur". C'est ce que les médecins
appellent la dissociation "radio-clinique" qui traduit
le fait que des lésions d'arthrose visibles à la radiographie ne sont
pas forcément responsables de douleurs. C'est particulièrement vrai
pour la colonne vertébrale.
Quelles sont les localisations de l'arthrose ?
Fréquence de l'arthrose radiologique
dans la tranche d'âge 65-75 ans, (tous sexes confondus) 
L'arthrose de la colonne vertébrale est la plus fréquente,
mais c'est aussi celle qui est le plus souvent silencieuse. De ce fait,
des douleurs du dos qui conduisent à la réalisation de radiographies
et à la découverte d'une arthrose de la colonne vertébrale, n'impliquent
pas que ces douleurs sont liées à cette arthrose.
L'arthrose des doigts est la seconde localisation
par ordre de fréquence décroisssante. Elle se traduit par des déformations
(nodosités d'Heberden et de Bouchard, du nom des médecins qui les ont
décrites au XIX° siècle). Elles se caractérisent par des déformations
irréversibles (liées aux ostéophytes), mais le plus souvent la douleur,
qui survient volontiers par poussées, ne se manifeste que pendant la
formation des ostéophytes (quelques semaines à quelques mois) et disparaît
ensuite.
Parce qu'elles touchent de grosses articulations qui portent le poids
du corps, les arthroses de la hanche et du genou, bien
que plus rares, sont les plus invalidantes.
Toutes les autres articulations peuvent être touchées
par l'arthrose, mais l'épaule, le coude, le poignet, la cheville sont
plus rarement atteints.
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